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Les Vignobles Chatonnet, leur Histoire, leurs vins, leurs terroirs et leurs ambitions par Valentina Pestova

20 octobre 2022
image Les Vignobles Chatonnet, leur Histoire, leurs vins, leurs terroirs et leurs ambitions par Valentina Pestova

Lalande-de-Pomerol, une terre précieuse du vignoble bordelais

Cette petite appellation d’un peu moins de 1200 ha se situe sur la Rive Droite de Bordeaux, au nord du fameux village de Pomerol et à l’ouest de l’appellation satellite de Saint-Émilion – Montagne Saint-Émilion. Le terroir de Lalande-de-Pomerol a quelques caractéristiques en commun avec ses voisins, mais il a sa propre identité.

Lalande-de-Pomerol occupe un plateau, qui monte doucement la Vallée de La Barbanne – un petit ruisseau qui sépare les appellations Lalande-de-Pomerol et Pomerol. Ce plateau a son point culminant de 53 mètres à Néac, au nord-est de l’appellation, où se trouve le Château Haut-Chaigneau que je présenterai dans cet article.

Les sols à Lalande-de-Pomerol sont majoritairement argilo-graveleux, mais aux limites de l’appellation, ils obtiennent les caractéristiques des sols des appellations voisines. Ainsi, il y a des argiles lourdes à la frontière avec Pomerol, qui produisent des grands Merlots, et des inclusions calcaires à Néac, à la limite avec Montagne Saint-Émilion. Néanmoins, chacune des trois appellations a son terroir unique, car les composantes des sols, même si elles sont similaires, y entrent dans des différentes proportions, et la topographie n’est pas la même non plus.

Les cépages plantés à Lalande-de-Pomerol sont des classiques pour le vignoble bordelais :

  • Merlot, planté sur à peu près 80% du vignoble, ce cépage domine aussi les assemblages des vins.
  • Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon - à peu près 20%, avec une dominance de Cabernet Franc.
  • Des petites parcelles de Malbec et de Petit Verdot sont aussi plantées par certaines propriétés, mais ils ne peuvent composer que 10% maximum de l’assemblage final.

En ce qui concerne la vinification, les vignerons de Lalande-de-Pomerol ont droit d’utiliser différentes techniques d’extraction (remontage, délestage, pigeage), d’élever ou non leurs vins en barriques. Mais les vins ne peuvent pas être mis sur le marché avant le 15 mars de l’année qui suit la récolte.

Les vins de Lalande-de-Pomerol sont fruités et ouverts, ils sont prêts à boire plus tôt que les cuvées de leur célèbre voisin Pomerol, mais possèdent aussi un bon potentiel de garde. Ils représentent la souplesse et la richesse fruitée des vins de la Rive Droite, en offrant un rapport qualité/prix très attrayant.

Vignobles Chatonnet

En tant que des vignerons, la famille Chatonnet est connue depuis le XVIIIᵉ siècle, mais en tant qu'acteurs du vignoble de Saint- Émilion, bien avant. En commençant au XVIᵉ siècle par l’activité marchande et par des métiers autour de la production du vin (par exemple, la fabrication des barriques), c’est à partir du XVIIIᵉ siècle que la famille Chatonnet s’installe à Saint- Émilion pour produire du vin.

A cette époque, la famille Chatonnet est une pionnière des principes dont les vignerons sont toujours fidèles aujourd’hui :

  • L’importance du sol pour avoir un bon raisin
  • Un rôle non négligeable de la vinification pour mettre en avant les qualités d’un terroir, qui à lui seul ne suffit pas pour produire un grand vin.

Les noms des descendants de la famille étaient aussi associés à la fondation et au développement des célèbres Crus de Saint- Émilion , tels que Château Ausone, Château Fonroque et Château Trotte Vieille suite à des successions et des unions des familles.

C’est au cours du XXᵉ siècle que la présence de la famille Chatonnet à Saint- Émilion disparait temporairement, quand ses propriétés Saint-Émilionnaises sont cédées ou rachetées.

En 1967 André Chatonnet, spécialiste et négociant dans les produits phytosanitaires, et son épouse Jeanine rachètent le Château Haut-Chaigneau, situé sur la commune de Néac à Lalande-de-Pomerol, et le restructurent au cours des années. Les bâtiments administratifs, les chais et le reste de l’infrastructure du Château sont rénovés au fur et à mesure, et au début des années 1980, l’offre œnotouristique commence à voir le jour.

L’édifice du Château est différent du paysage de la Rive Droite : construit en style néo-classique et inspiré des temples grecs et du style gréco-romain, il rappelle la couleur ocre chaude des domaines toscans. Les fresques qui décorent l’intérieur, rapprochent encore plus le domaine à l’Italie. Ce magnifique bâtiment et le vignoble qui l’entoure sont les fruits de plus de 40 ans de travail de toute la famille Chatonnet.

Pascal Chatonnet

Aujourd’hui, le fils d’André et Jeanine Chatonnet, Pascal, est à la tête du vignoble familial. Diplômé en œnologie à l’Institut d’Œnologie de Bordeaux, il a mené plusieurs recherches dans ce domaine. En 1992, il a créé le laboratoire EXCELL, spécialisé en analyse du vin : microbiologiques, œnologiques, analyse de composés phénoliques, de contaminants et de résidus dans le vin.

Pascal est aussi un œnologue-consultant renommé, dont les services sont sollicités par des célèbres domaines viticoles dans le monde entier : Vega Sicilia en Vallée de Douro en Espagne, Cos d’Estournel à Saint-Estèphe, Domaines d’Alain Brumont à Madiran, Château d’Issan à Margaux ainsi que Cloudy Bay en Nouvelle-Zélande.

Pascal Chatonnet place au centre de production des grands vins un élément complexe : le Terroir du Lieu qui se compose non seulement du sol et du microclimat, mais aussi de l’action de l’Homme. L’Homme devrait devenir l’auteur de son vin, en accompagnant l’expression du terroir dans un grand vin, fait à partir du grand raisin à travers une vinification soignée.

Ce principe, qu’un grand vin est fait dans les vignes tout en étant accompagné par l’homme au moment de la vinification, est appliqué dans les vins de Pascal Chatonnet, expressifs de leurs Lieux et ayant chacun leur singularité.

Le Lieu - le terroir du Château Haut-Chaigneau

Après l'achat par la famille Chatonnet, non seulement l’infrastructure, mais aussi le vignoble du Château Haut-Chaigneau ont été reconstruits. Tout a été conçu d’une manière permettant de profiter au maximum des spécificités de son terroir, particulièrement favorable pour trois cépages bordelais, dont deux premiers font le socle des vins de la Rive Droite : le Merlot, le Cabernet Franc et le Malbec.

Les parcelles du Château Haut-Chaigneau et de La Sergue se situent sur la commune de Néac, où le plateau de Lalande-de-Pomerol atteint son altitude maximale vers l’extrémité de l’appellation au nord-est. Cela signifie une certaine différence dans la composition des sols, la topographie et le drainage. Les parcelles du Château Haut-Chaigneau et de La Sergue occupent notamment les terrasses de «Chaigneau» et «Chevrol» orientées nord-sud face au plateau de Pomerol. Les parcelles sont séparées par un petit ruisseau, la Barbanne, qui sert aussi une frontière entre Pomerol et Lalande-de-Pomerol.

Ces terrasses et la présence d’un petit courant d’eau ont façonné un microclimat et un terroir unique du Château Haut-Chaigneau. Ces sous-sols se composent des graves günziennes anciennes, de l’époque quaternaire. Elles sont bien drainantes et très pauvres en matière organique, ce qui force la vigne de développer son système racinaire en profondeur, en recherche d’eau et des nutriments. Il y a aussi de l’argile et des molasses (une formation sédimentaire, argilo-calcaire) qui permettent d’hydrater la vigne pendant la sécheresse.

Des graves fines et une structure du sol granuleuse sur la surface permettent d’évacuer l’eau dans les sous-sols. Là, une couche composée de sable, de limon et d’argile permet de retenir l'humidité et de la distribuer à la vigne, en favorisant le développement de ses racines.

Plus en profondeur, on trouve de l’argile avec des composantes ferro-manganiques, et encore plus loin de l’argile proche à celle du sous-sol du plateau de Pomerol. Cette argile gonfle après les pluies d’hiver et libère l’eau lentement en permettant une hydratation optimale de la vigne en été. 

Le terroir du Château Haut-Chaigneau et de la Sergue bénéficie d’une superposition des trois couches similaires aux meilleurs terroirs du nord-ouest de Saint- Émilion, de Pomerol et de la commune de Néac à Lalande-de-Pomerol :

  • Première couche sablo-argileuse sur la surface qui favorise un bon drainage et facilite le développement des racines.
  • Deuxième couche argilo-sableuse (c’est-à-dire avec une plus grande proportion d’argile) qui contribue à un apport d’eau graduel et incite la vigne à aller chercher la quantité d’eau nécessaire plus en profondeur.
  • Troisième couche, la plus profonde avec l’argile qui est capable de retenir l’eau et de la distribuer en cas de sécheresse.

Il y a aussi une pente, peu visible sur la surface et plus prononcée dans le sous-sol, facilitant l’évacuation d’excès d’eau après les pluies en hiver et au printemps, permettant d’avoir des réserves d’eau optimales pour l’été.

«Agrosynergie» - un principe particulier de conduite de vignoble

Ce principe, dont l’objectif est de produire des vins libres de tout résidu du processus de sa fabrication (de la vigne aux chais) mérite d’être particulièrement souligné.

Le laboratoire EXCELL de Pascal Chatonnet a créé le label PhytoCheck (zéro résidu), qui prouve l’absence de molécules de produits de traitement dans les vins. Ce label est une alternative à la certification bio ou biodynamique des vins, si les vignerons ne souhaitent pas se mettre à un long processus de certification ou respecter les règles contraignantes de l’agriculture biologique ou biodynamique. Avec PhytoCheck, ils peuvent prouver qu’aucun produit phytosanitaire ne se trouve dans leurs vins, même si leurs vignobles ne sont pas certifiés bio.

En effet, en fonction des conditions météorologiques, il peut y avoir besoin de plus ou moins d’application de produits phytosanitaires dans les vignes. Par exemple, une période chaude et humide augmente le risque de mildiou et nécessite des traitements plus importants.

Au Château Haut-Chaigneau les pesticides ne sont pas utilisés depuis 22 ans, et depuis 2015 les vins des Vignobles Chatonnet sont estampillés par le label PhytoCheck. Le Château est certifié HVE Niveau 3 et est en cours de conversion bio depuis 2021. 

Cépages

Trois cépages bordelais entrent dans l’assemblage des cuvées du Château Haut Chaigneau :

  • Merlot – le plus précoce, ce cépage est la base des vins de la Rive Droite, dont les sols froids conviennent parfaitement pour ralentir sa maturation. Il donne aux vins de la souplesse et de la rondeur, des tannins d’un niveau moyen et un riche bouquet de fruits rouges, souligné par des notes de menthe. Le Merlot compose entre 80% et 90% des assemblages des vins Château Haut-Chaigneau et La Sergue et 100% de l’Archange.
  • Cabernet Franc – deuxième cépage de la Rive Droite, qui joue le même rôle dans l’assemblage des vins que le Cabernet Sauvignon sur la Rive Gauche. Il ajoute de la structure et des tannins plus fermes, ainsi que des notes florales dans le bouquet. Plus tardif que le Merlot, le Cabernet Franc s’épanoui sur les sols froids, argilo-calcaires de Lalande-de-Pomerol et de Saint-Emilion, tandis que le Cabernet Sauvignon exige des sols chauds (il est planté sur les sols graveleux de la Rive Droite)
  • Malbec – peu répandu sur la Rive Droite, ce cépage du Sud-Ouest nécessite une plus longue période de maturation, supporte bien les températures élevées et propose une alternative intéressante au Merlot car il donne des niveaux d’alcool moins élevés.

Le travail de l’Homme – la vinification et l’élevage

La vinification soignée des vins des Vignobles Chatonnet sert à faire s'exprimer le terroir dans chaque cuvée. Elle est adaptée au lieu, aux cépages et à chaque millésime, afin de souligner la personnalité de la combinaison de ces composants.

Tout commence à la réception des vendanges avec un tri dans un bain de solution eau/sucre. Son principe est de sélectionner uniquement des baies à parfaite maturité au moyen de la comparaison de la densité de leur jus et de la solution sucrée. Les baies qui restent à la surface sont moins denses et donc pas assez mûres, et les baies qui tombent au fond du bain ont le niveau de maturité recherché.

L’extraction lors de la vinification est ensuite adaptée en fonction des caractéristiques des raisins. L’élevage des vins dure entre 12 et 16 mois.

Pour chaque vin, l’objectif est d’exprimer pleinement le terroir du lieu et de respecter les typicités des cépages :

  • En évitant une extraction trop poussée de couleur et de tannins grâce à un choix des moyens d’extraction appropriés pour chaque cuvée, en fonction du millésime qui définit les caractéristiques des raisins
  • En choisissant un élevage en fût raisonnable, afin de donner aux profils des vins des notes de bois subtiles, qui n’écraseront pas le bouquet fruité

Les barriques proviennent de deux tonnelleries : Sylvain (situé à Libourne) et Seguin Moreau (dont les ateliers se situent en Bourgogne et à Cognac). Le bois dont les fûts sont faits est issu de chêne français, très apprécié et très prisé pour ses capacités à donner des notes boisées élégantes, épicées et légèrement torréfiées, plutôt que caramélisées et vanillées. Tous les vins sont élevés en barriques, c’est la proportion des barriques neuves et la durée d’élevage qui varient en fonction d’une cuvée et d’un millésime.

Château Haut-Chaigneau

C’est la cuvée historique et principale du Château Haut-Chaigneau. En fonction du millésime, entre 80 000 et 200 000 bouteilles de ce vin sont produites chaque année.

L’assemblage se compose de 85-90% de Merlot et de 10-15% de Cabernet Franc. L’élevage dure environ 12 mois dans 25-30% de barriques neuves et 70-75% de barriques d’un vin.

Cette cuvée est devenue une référence de l’appellation Lalande de Pomerol, représentant parfaitement son style fruité, souple et accessible. C’est un vin plaisant, dont le moment optimal de consommation est de 3 ans après la récolte, mais il est capable de vieillir pendant plusieurs années supplémentaires.

La Sergue

La Cuvée La Sergue a été créée en 1996 à partir de trois cépages : Merlot, Cabernet Franc et Malbec, plantés sur les trois meilleurs terroirs de Lalande-de-Pomerol. En 2000, une parcelle de 7,5 ha, qui se situe près de l’appellation Pomerol, vient compléter la sélection parcellaire pour La Sergue.

Une particularité des parcelles sélectionnées est la co plantation de vieilles vignes de Merlot et de Malbec. Les raisins de deux cépages sont vendangés ensemble, à la parfaite maturité et vinifiés ensemble par lots correspondants à chaque terroir. Trois cuves en bois sont destinées à la vinification de La Sergue, afin d’avoir l’expression de chaque terroir.

L’élevage dure entre 14 et 16 mois, dans 50-80% de barriques neuves et 20-50% de barriques d’un vin.

La Sergue est conçue pour s’exprimer dans 5-10 ans, c’est un vin profond, riche et soyeux, qui nécessite de la patience pour que son bouquet évolue et s’ouvre dans toute sa splendeur. Le volume de production est nettement inférieur à celui du Château Haut-Chaigneau - 15 000-20 000 bouteilles par an.

L’Archange

La cuvée l’Archange est produite à partir du millésime 2000, dans une quantité limitée de 5 000-6 000 bouteilles. Ce 100% Merlot est issu d’une parcelle située dans le secteur des Grands Crus de Saint- Émilion, sur un grand terroir correspondant parfaitement à ce cépage phare de la fameuse appellation. Néanmoins, le vin n’a pas le droit à l’appellation Saint- Émilion Grand Cru, parce qu’il n’est pas vinifié sur place. Après la récolte, les raisins sont transportés pour la vinification et l’élevage à Néac, au Château Haut-Chaigneau.

L’Archange passe entre 12 et 16 mois dans les barriques neuves. Sa concentration et son profil corsé et puissant sont capables de supporter des nuances boisées expressives, qui évolueront dans des notes épicées et raffinées.

Autres cuvées

En plus de trois cuvées phares, les Vignobles Chatonnet produisent d’autres vins :

Château La Croix Chaigneau

C’est le second vin du Château Haut-Chaigneau, issu des raisins des jeunes vignes de Merlot et de Cabernet Franc. Cette cuvée est une autre expression du Grand Vin du Château – aussi souple et plaisant, mais plus sur les fruits, la fraîcheur et la jeunesse. Château La Croix Chaigneau est à boire dans ses premières années, pas besoin d’attendre que ses tannins fondent et que sa structure s’assouplisse.

Esprit de l’Archange

Le second vin de L’Archange est aussi 100% Merlot, issu du tri des raisins, destinés à l’Archange. Cette cuvée exprime le cépage et le terroir, en rappelant la richesse de l’Archange, mais dans un bouquet plus ouvert et léger, qui commencera à s’exprimer plus tôt que le grand vin l’Archange.

Esprit d’Aliénor

Une petite production en appellation Montagne-Saint-Émilion, qui existe depuis les années 2000. Composée de 85% de Merlot et 15% de Cabernet Franc cultivés sur des terroirs argilo-calcaires et silico-argileux de cette appellation satellite de Saint- Émilion. La cuvée Esprit d’Aliénor est un vin délicat, fruité, avec une belle fraîcheur et des tannins fins, agréables déjà dans un jeune vin.

Commercialisation

Une grande partie des vins est commercialisée par l’équipe des Vignobles Chatonnet, en particulier sur le marché français et européen.

Peu de ventes passent par le négoce (uniquement pour exporter sur des marchés peu connus, complexes ou lointains, ainsi que pour les compagnies aériennes), ce qui permet à l’équipe de contrôler les prix de vente de leurs vins.

Hors France et Union Européenne, les marchés les plus importants pour Vignobles Chatonnet sont :

  • La Belgique
  • La Suisse
  • L’Islande
  • Le Canada

Regard vers l’avenir

Pour terminer, je voudrais mentionner qu’aux Vignobles Chatonnet, on garde toujours le cap vers la production des vins de grande qualité, chacun avec sa propre personnalité, en répondant au dérèglement climatique. Certains de ces projets sont :

  • Introduction du Petit Verdot dans les assemblages – ce cépage caractéristique du Médoc est plus tardif, garde bien son acidité lors de la maturation et donne des vins avec moins d'alcool, car il cumule moins de sucre que le Merlot. De plus, il a besoin des sols humides et frais, mais beaucoup de soleil. Et c’est justement la Rive Droite avec ses sols calcaires, argileux et argilo-calcaires qui répond à ces conditions dans un climat qui devient plus chaud et ensoleillé.
  • Expérimentations avec des vieux cépages bordelais, par exemple le Castets, ayant pratiquement disparu après la crise de phylloxera, comme le Carmenère. Ces variétés retiennent une vive acidité et nécessitent une longue saison pour aboutir leur maturation.
  • Augmentation de proportion de Cabernet Franc et réduction de celle de Merlot dans l’assemblage de La Sergue, qui permettra au vin d’avoir de la finesse et de contrebalancer la richesse du Merlot.

Parmi d’autres objectifs :

  • Prolonger l’élevage des vins sans augmenter la durée de passage en bois. Aujourd’hui les vins sont gardés dans des grandes cuves en béton avec revêtement intérieur en verre (on ne trouve pas souvent ce type de cuves dans la région bordelaise). Mais dans les prochaines années, les lots seront séparés par terroir et conservés dans des petits œufs en béton. Cela permettra aux vins de continuer à évoluer sans prendre davantage de notes boisées.
  • Créer une cuvée multi-millésime, qui exprimera le style de la région de Lalande-de-Pomerol, sans être impactée par les variations des millésimes. Evidemment un tel assemblage ne sera fait qu’à partir des très bonnes années.

Développement d’une offre touristique

La belle propriété du Château Haut-Chaigneau avec son sublime bâtiment et des salles décorées avec des fresques invite à la découverte de ses vins représentatifs de l’appellation. Les visiteurs ont le choix entre plusieurs activités œnotouristiques :

  • « Visite Lalande-de-Pomerol » qui permettra de visiter le château, son parc et les chais à barriques et se poursuivra par une dégustation de trois vins en appellation Lalande-de-Pomerol.
  • « Visite Vignobles Chatonnet » qui permettra également de visiter le château, son parc et les chais à barriques et se poursuivra par une dégustation de trois vins en appellation Lalande-de-Pomerol et un vin en appellation Saint- Émilion
  • « Visite Verticale » offrira une occasion de comparer deux millésimes de trois vins et en déguster six au total
  • « Visite Prestige » est une visite-dégustation des vins en appellation Lalande-de-Pomerol et Saint- Émilion accompagnée d’un accord avec les chocolats, qui se déroule dans la résidence de la propriété – La Closerie des Vignes. Elle se terminera par un cadeau mémorable d’un magnum d’un millésime ancien.

Deux ateliers proposés offrent des expériences en plus après une visite du Château :

  • Atelier sensoriel : des vins et des verres. Une dégustation des trois vins dans différents verres permettra de comprendre pourquoi bien choisir son verre est très important pour apprécier un vin.
  • Atelier gourmand : Vins et Chocolats, Histoires Parallèles. Une occasion de déguster des vins en association avec un produit qui a des « crus » lui aussi - le chocolat.

Et cela n’est pas tout. Une premiumisation des demandes des consommateurs a inspiré quelques autres projets au sein de Vignobles Chatonnet, qui sont en train de prendre forme et verront le jour en 2023. À part des réceptions et des mariages dans une belle propriété, La Closerie des Vignes proposera des séjours dans des chambres d’hôtes. Il y a aussi un projet d’un club-VIP Vignobles Chatonnet avec des différents privilèges :

  • Visites du Château
  • Séjour dans les chambres d’hôtes 
  • Repas compris dans le séjour

Dégustation verticale des vins du Château Haut-Chaigneau, La Sergue et l’Archange. 4 octobre 2022

Château Haut Chaigneau

2015

Couleur rubis, avec des reflets du grenat.

Arômes d'une intensité moyenne (+), bouquet possède une complexité d'un vin gracieusement évolué, avec des notes tertiaires (sous-bois, feuilles de forêt, fleurs séchées, tabac) et épicées (clous de girofle), soutenue par un bouquet fruité, mûr, légèrement confituré, mais toujours frais (cerise rouge, prune rouge, confiture de prune). 

En bouche, on perçoit une belle harmonie entre les notes tertiaires, secondaires et même primaires, avec un caractère de développement bien défini, mais pas dominant. Le vin garde des traits de jeunesse (baies rouges, fruits noirs) et d'élevage (réglisse, cacao), associé avec de la fraîcheur et la finesse. 

Ce vin d'un excellent millésime et d’une très bonne qualité représente la souplesse et délicatesse de Lalande-de-Pomerol et prouve sa capacité d’un développement harmonieux dans le temps. 

2016

Couleur rubis, mais avec une teinte de grenat moins prononcée que dans le millésime 2015.

Arômes sont expressifs, sur les fruits rouges et noirs mûrs et juteux (fraise de bois, cerise rouge et noire, prune noir), soulignés par des notes rafraîchissantes de menthol, de réglisse et eucalyptus, avec une pointe florale de pivoine et des notes boisées délicates et intégrées (café, fumé).

En bouche, on retrouve des saveurs prononcées, des baies rouges mûres associées avec des notes du café, du fumé et d'herbes séchées dans un bouquet complexe. Une structure tannique puissante avec une concentration de la matière fruitée, un corps moyen (+) et une acidité élevée contribuent à ce vin un grand potentiel de garde. Le niveau d'alcool est équilibré par la fraîcheur et la longueur en bouche, sur des notes cassis en final. 

Excellent vin d’un grand millésime, puissant, généreux, mûr et souple, mais qui reste frais et raffiné grâce à un bon équilibre entre la richesse est l’acidité. 

2018

Couleur rubis, avec une très légère teinte de grenat.

Arômes reflètent une année chaude et solaire (fruits rouges frais, très mûrs et en confiture), avec une fraîcheur herbacée et minérale. En même temps, ce vin a montré plus de fermeté que les autres millésimes : au nez, il est moyennement prononcé, de même est pour les saveurs en bouche. 

En bouche, corsé et structuré, avec des tannins puissants, une acidité élevée et une longue finale sur une légère amertume. 

Ce millésime du Château Haut Chaigneau possède un beau potentiel, mais il a besoin de quelques années encore pour s’exprimer pleinement. 

2019

Ce millésime n'est pas encore en vente, et j'ai eu une chance de le déguster en avant-première. 

Malgré sa jeunesse, Château Haut Chaigneau 2019 est plutôt ouvert et accessible et se situe entre 2018 et 2016 par ces caractéristiques. Il est plus souple et ample, qui le rapproche à 2016, mais avec une structure tannique plus ferme et les tannins pas encore assez fondus, rappelant le millésime 2018

Couleur : rubis éclatant, d'une intensité moyenne. 

Le vin est très aromatique au nez, avec des notes prononcés de prune noire, cerise rouge et noire et une élégante note florale (lilas, pivoine, violette) grâce à une proportion plus importante de Cabernet Franc. Le boisé est délicat et fondu, malgré la jeunesse du vin, et se distingue par des touches de caramel et réglisse. 

En bouche, on retrouve le même profil raffiné avec une matière fruité, riche et souple, rafraîchie par des notes de la menthe séchée, de violette et une acidité moyenne (+) , un corps moyen, des tannins présents au niveau moyen (+), mais veloutés. En longue finale de ce vin, on aperçoit de la rondeur et un plaisant bouquet fruité. 

Très bon vin, souple, mais structuré, très agréable à boire maintenant. Mais il mérite certainement au moins 3-5 années de patience pour s'épanouir et montrer son potentiel. 

La Sergue

2012

Au moment de la dégustation, ce vin avait 10 ans jour pour jour. Ce millésime, parfois appelé « le millésime des restaurateurs » n'a pas été évident pour les vignerons bordelais. Sur la Rive Droite le raisin a été vendangé tard, mais très vite (en 5 jours) pour la raison des conditions climatiques de cette année. Et elles n'ont pas été favorables – trop de pluies et peu de soleil ont gorgé les raisins d’eau, en diluant leur bouquet qui n’a pas pu arriver à une maturité idéale.

Couleur de ce vin devient tuilée, qui est caractéristique pour un vin de 10 ans d'âge. 

Arômes ont une intensité moyenne (+) et deviennent plus prononcés avec aération. Et la complexité du vin est juste séduisante : il y a des fruits frais et macérés (cerise noire fraîche et en kirsch, prune rouge, prune noire), une présence subtile d'épices (clou de girofle, cannelle), une finesse florale (pétales de rose séchées, la rose fraîche), un peu des notes tertiaires de sous-bois et truffes et de la fraîcheur de menthe et de réglisse. 

En bouche, on retrouve une harmonie des arômes fruités, mûrs, épicés, floraux et mentholés, avec une touche de sous-bois. L'ensemble est aromatique (moyen +), frais et structuré en même temps : avec des tannins moyens (+), corps moyen, acidité moyenne (+) et une longue finale sur les épices et des herbes séchées. 

Pour moi, La Sergue 2012 est un vin exceptionnel, malgré le contexte difficile dans lequel il a été produit. Il réunit la typicité de l’appellation, montre une capacité de vieillir en un vin raffiné, complexe et soutenu par une superbe structure et une fraîcheur, tout en développant des notes tertiaires caractéristiques sans perdre les traits de jeunesse. 

2014

Ce millésime se distingue aussi par une hétérogénéité dans le vignoble bordelais. Assez réussi pour nord Médoc, il a été moins favorable pour le reste du vignoble. Les pluies avant les vendanges ont légèrement dilué la concentration des composants aromatiques dans le raisin. Aujourd'hui La Sergue 2014 c'est refermé un peu, mais il mérite tout à fait d'une patience de deux ans de plus pour arriver à un profil subtil et complexe de 2012.

Le vin du millésime 2014 a une couleur similaire à 2012, mais son profil aromatique est différent. 

Un peu moins expressif au nez (intensité moyenne), la Sergue 2014 donne une perception d'acidité plus forte que 2012. Dans son bouquet, on peut observer des notes des fruits rouges et noirs acidulés (cerise rouge, groseille rouge, cranberries, cassis frais mûrs), une note poivrée, mentholée, minérale et fumée. Les tannins d'un niveau moyen sont veloutés et équilibrés avec les autres composants du profil organoleptique du vin : un corps moyen, une acidité élevée et une longue finale fraîche.

La Sergue 2014 possède d'une élégance retenue et représente un bel exemple du style de cette cuvée avec un potentiel d'un développement longue et harmonieux. 

Très bon vin, qui n'a pas encore montré toute sa complexité. D'après Mr Pascal Chatonnet, La Sergue 2012 est La Sergue 2014 dans deux ans. Il faut s'armer d'une patience pour découvrir ce que cette cuvée du millésime 2014 pourra nous offrir dans 2 ans.

2015

Couleur rubis avec des légers reflets grenat.

Arômes sont expressifs, avec des notes sucrées et épicées de cacao et de chocolat noir avec une pointe de fumée. Les fruits mûrs rouges et noirs (cerise, prune et même pruneaux) sont aussi enrobés du chocolat. L'ensemble est rafraîchi par des notes herbacées de menthe et de réglisse. Un bouquet ouvert et agréable. 

En bouche, le vin est raffiné et frais : les saveurs sont prononcées et sont plutôt dans le registre des fruits rouges mûrs, pas confiturés, soutenus par une acidité élevée. Le corps est d'un niveau moyen, les tannins sont fermes (niveau moyen +), mais fins et équilibrés par une belle matière fruitée, une souplesse et une concentration d'une longue finale en bouche. 

Très bonne qualité, un vin qui représente un des millésimes réussis et exprime sa rondeur, complexité et équilibre. 

2016

La Sergue 2016 est une symbiose d'un millésime d’exception du et du terroir unique sélectionné au sein du vignoble du Château Haut Chaigneau. 

Couleur rubis soutenue.

Au nez, ce vin surprend par une richesse de son bouquet, des fruits rouges mûrs (cerise rouge, prune rouge) avec une pointe subtile de confiture de cerise au nez. Une parfaite maturité des raisins se développe en notes florales et mentholées et un travail du bois maîtrisé contribue à une complexité du profil en y ajoutant des nuances de réglisse, de caramel et du fumé. 

En bouche, les saveurs sont brillantes et prononcés. La profondeur et la densité - des notes des fruits rouges mûrs et sucrés, un corps d'un niveau moyen (+) et une belle matière en une finale assez longue - sont équilibrées par une acidité moyenne (+), des tannins fins et bien présents (niveau moyen +). On remarque aussi un développement élégant en final, qui obtient des nuances légèrement herbacées et épicées.

Excellent vin avec un équilibre remarquable reprenant le sens propre d'un millésime exceptionnel : une puissance raffinée dans la jeunesse qui rend le vin très plaisant à boire assez tôt, accompagnées par une profondeur et une complexité qui montre son aptitude à vieillir pendant des dizaines d'années.

2018

De même que pour le Château Haut Chaigneau 2018 et La Sergue 2018 on peut souligner une constance des styles et l'expression du millésime propre à chaque cuvée.

Couleur rubis profond.

Arômes sont expressif et mûrs (un beau bouquet des fruits noirs - cerise noire, mûre, cassis, et rouges - cerise rouge, prune rouge), avec une fraîcheur herbacée.

En bouche, on sent une certaine fermeté du profil : sur ce point, La Sergue 2018 est similaire au Château Haut Chaigneau 2018. Mais contrairement à ce dernier La Sergue 2018 se distingue par une certaine rusticité de ses tannins puissants, toutefois adoucie par la concentration des fruits. La structure de La Sergue 2018 et tendue et ferme, accompagnée par une matière dense, qui permet de l'équilibrer. Le bouquet fruité et floral, aromatique, mais un peu fermé, l'alcool est intégré, d'un niveau moyen, la persistance en bouche est longue. Acidité d'un niveau moyen (+) aide à équilibrer le vin et d’affiner son profil.

Très bon vin, d’une richesse et variété des arômes impressionnantes et avec un grand potentiel de garde. Après quelque temps dans le verre, le bouquet se développe et obtient des notes épicées de réglisse et de cannelle : certainement un carafage et un accompagnement approprié pourrait rendre le vin plus accessible dans sa jeunesse.

2019

Couleur est profonde, plutôt pourpre que rubis.

Arômes sont prononcés et ouverts, concentrés, avec une plaisante simplicité fruitée dû à la jeunesse du vin, qui n'a pas encore eu le temps de se développer. On sent de la cerise rouge et noire juteuses, de la prune rouge et fraîcheur de la menthe poivrée.

En bouche, le vin est rond et souple, plus ouvert et accessible, contrairement au 2018, qui a un an de plus. Les saveurs sont prononcées, riches, un peu sucrés et forment un bel ensemble fruité (cerise noire fraîche en confiture, prune noire, cassis, pruneaux) et des notes plus expressives d'épices (poivre noir, clou de girofle, noix de muscade, eucalyptus) et du bois qui n’ont pas eu le temps d’intégrer le bouquet, car le vin a passé moins de temps dans la bouteille. Plutôt riche et corsé (corps moyen +), une finale moyenne (+) en bouche, le profil se présente très harmonieux avec des tannins persistants (niveau moyen +) mais veloutés et une acidité moyenne (+). 

Très bon vin, souple et accessible, avec une simplicité fruitée séduisante et un excellent potentiel de développement. 

L’Archange

L’Archange est une des meilleures expressions du Merlot sur la Rive Droite. De la matière, de la complexité, de la puissance et un excellent potentiel de développement. C’est un vin à mettre dans la cave et même en investir.

2014

Couleur grenat d'une intensité moyenne.

Arômes sont prononcés et typiques pour un Merlot en évolution : des fines touches des truffes, des champignons et de feuilles d'automne apparaissent en premières, dans un bouquet élégant et complexe, qui pourrait donner qu'une parfaite symbiose des trois composants du terroir : le climat, le sol et le travail de l'homme. Ces arômes tertiaires, même s'ils sont les premiers à se développer, ne viennent que compléter le bouquet fruité, réunissant les baies rouges et noires fraîches (cerise rouge et noire, prune noire, mûre), en confiture et séchée (pruneaux, confiture de cerise). L'élevage en barriques neuves se présente en notes de chocolat et des épices douces (la réglisse, la cannelle, le clou de girofle). Des nuances herbacées de romarin et de menthe séchée rajoutent de la fraîcheur à cet ensemble.

En bouche, on retrouve des saveurs expressives et variées, avec des nuances tertiaires assez présentes, en harmonie avec des fruits rappelant la jeunesse du vin et des épices délicates grâce à un travail du bois maîtrisé. La structure du vin est raffinée avec un corps moyen, des tannins veloutés, une acidité moyenne + et une longue finale fraîche.

Très bon vin, un bel exemple du développement d'un merlot, cultivé sur un beau terroir. Une réussite, malgré un millésime compliqué. 

2015

Couleur rubis profonde

Arômes sont ouverts et pures, d’une intensité moyenne (+), toujours avec de la fraîcheur des fruits rouges (fraise mûre, cerise, prune, groseille rouge) de myrtille et une touche florale vive (violette, lilas), qu’on trouve plus dans l’Archange que dans les autres cuvées. Nuances boisées sont délicates, sous forme d’épices douces, et les notes tertiaires sont très légères et plutôt herbacées du tabac.

En bouche, les tannins sont bien présents (niveau moyen +), mais soyeux, les saveurs sont brillantes, fruité (cerise et groseille rouge, myrtille) et floraux, acidité moyenne (+) apporte une belle vivacité et rafraîchit la concentration du bouquet fruité. La finale est longue et juteuse.

Très bon vin, qui réuni la typicité et la souplesse du Merlot, l’élégance du millésime et paraît plus jeune qu’il est. Certainement, il a encore beaucoup d’années devant lui.

2016

Couleur rubis profonde.

Les arômes expriment un millésime solaire par des notes mûres et prononcées de prune noire, de cerise noire au kirsch et chocolat, de mûre et de myrtille avec des nuances fumées, torréfiées et épicées (réglisse, clou de girofle, poivre noir).

Concentré et dense en bouche, avec des tannins puissants, mais fins, des saveurs prononcées, des fruits noirs à une parfaite maturité, une finale longue et riche, équilibrée par une acidité moyenne (+). Une belle fraîcheur et complexité en fin de bouche – les notes juteuses de fruits noires et rouges mûrs se complètent par des nuances vanillées, épicées, légèrement torréfiées et mentholées.

Excellente qualité – un vin d’un caractère puissant, d’une concentration incroyable, de la souplesse et un équilibre exceptionnel en bouche, grâce à une vive acidité. Grand vin, grand millésime et un superbe potentiel de garde pendant des dizaines d’années.

2018

Couleur rubis profond.

Arômes chaleureux et solaires, expressifs et fruités au début, mais se développent dans un bouquet complexe et riche après quelque temps dans le verre. Les notes de mûre, de cerise noire, de prune rouge, sont complétés par des pointes du chocolat et de la vanille et rafraîchis par une touche de menthe.

En bouche – une complexité se manifeste surtout dans une longue finale, où aux saveurs de fruits rouges et chocolat s’ajoutent des nuances épicées de cannelle, de clou de girofle et une note florale de violette. Une forte structure tannique caractéristique pour le millésime donne une excellente tenue au vin. Les tannins sont enveloppés et soyeux grâce à la concentration et la douceur des saveurs. Une acidité moyenne (+) permet d’équilibre un profil solaire du vin et complète parfaitement sa longue finale.

Excellent vin, d’un caractère généreux et puissant, avec une belle harmonie de la structure tannique et la densité du corps. Certainement pour un long garde.

2019

Couleur violacé profond.

Arômes sont expressifs, ouverts et généreux, avec une fraîcheur plus marque qu’en millésime 2018. Il y a des fruits noirs frais et acidulés – cassis, myrtille, complétés par la cerise rouge, groseille rouge, prune rouge. Le bois est encore présent sous forme des notes torréfiées, du caramel, de la vanille.

En bouche, on a la même sensation de maturité et de fraîcheur ; des fruits noirs et rouges frais, des notes mentholées et florales et des nuances boisées, du café, de la vanille et de cannelle. Tannins ont de la puissance et de la finesse, qui s’accordent avec son caractère fruité ouvert, une persistance en bouche et une vive acidité.

Excellent vin, trop jeune pour le moment, mais il sera une merveille dans plusieurs années.

En avant-première : dégustation du millésime 2022 (foudre et cuve)

J’ai eu la chance de déguster les moûts qui venaient de terminer leurs fermentations et qui seront les vins du Château Haut Chaigneau, La Sergue et l’Archange 2022.

Le millésime 2022 à Bordeaux a été marqué par une période de canicule en été et des faibles précipitations. La vigne a affronté un certain stress hydrique jusqu’en mi-août, mais les pluies qui sont enfin tombées à partir de cette date ont permis la vigne d’éviter un stress hydrique trop sévère qui aurait pu bloquer la maturation des baies. Le raisin, surtout des cépages plus tardifs comme Cabernet Sauvignon, ont pu achever leur maturation dans des conditions favorables tout en gardant un bon niveau d’acidité grâce aux amplitudes des températures jour/nuit. En même temps, les températures élevées de l’été 2022 ont contribué à l’épaississement des peaux des raisins et à une réduction du volume de jus dans les baies. Des telles caractéristiques des raisins au moment des vendanges 2022 à la parfaite maturité signifient que :

  • Un rendement réduit, car il y avait moins de jus dans les baies
  • Une petite taille des baies avec des peaux épaisses qui signifie beaucoup de matière colorante et aromatique
  • Des tannins puissants dans les futurs vins qui viennent aussi des peaux épaisses
  • Un bon niveau de sucre dans le jus – source d’un niveau d’alcool dans les futurs vins de 14,5-15%

Une autre particularité de l’année 2022 est une fermentation des moûts assez rapide, qui au Château Haut Chaigneau n’a duré que 4-5 jours. L’extraction sera aussi limitée par deux remontages par jour pendant à peu près 20 jours pour la raison de la richesse des peaux des raisins en polyphénols, anthocyanes et tannins. Ainsi, le millésime 2022 se présente comme un grand millésime de qualité, mais pas vraiment de quantité.

Juste après la fin de la fermentation, on peut déjà évoluer la densité et la puissance des futurs vins. Leur couleur est totalement opaque, presque noire, les arômes sont expressifs et mûrs, sans pourtant tomber dans une sur maturité.

J’ai pu déguster deux terroirs de La Sergue dans deux foudres, Château Haut Chaigneau à la cuve et L’Archange sur une barrique :

  • Les deux terroirs de La Sergue ont exprimé un riche bouquet des fruits rouges (cerise, fraise, groseille) et avec la fraîcheur de cassis et une fine note florale. On pouvait toutefois y remarquer une différence subtile dans l’intégration des arômes qui a été un peu plus avancée et harmonieuse dans la deuxième foudre.
  • Le Château Haut Chaigneau 2022 dégusté à la cuve inox (à une température inférieure que celle des foudres, qui a donné une certaine différence dans la perception) a été déjà très agréable, avec des tannins moins marqués que dans La Sergue et une pointe mentholée en fin de bouche qui lui donnait une belle fraîcheur.
  • L’Archange quant à lui s’est remarqué par une puissance de sa structure, construite par les tannins fermes. Cette caractéristique vient des peaux épaisses des raisins et des tannins du bois neuf. Avec une concentration et une matière exceptionnelle, ce vin certainement sera un grand vin de garde.

Par Valentina Pestova, le 4 octobre 2022

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